Le Piano

Le Piano

A mon fils

O mon fils, mon fils si tu dors encor
Si je ne t’appelle pas à la vie
Si ton âme n’a toujours pas un corps
O mon fils ne crois pas que je t’oublie
Mais c’est que je n’ai rien d’autre à t’offrir
Qu’un monde où tu aurais trop à souffrir.

Mon fils si tu comprenais ma douleur
J’ai envie de toi et de ta présence
Mais c’est là le paradoxe d’un cœur
T’attendre puis refuser ta naissance.
Naître c’est s’acheminer vers la mort
Doit-on réveiller un enfant qui dort ?

Mon fils ta place est-elle parmi nous
Devra-t-on payer ta rançon en larmes ?
Naître ici c’est naître parmi les loups…
Vivre avec eux dépouillé et sans armes
Sur cette terre Eden du temps jadis
Le chardon croît où disparaît le lis.

O mon fils et si tu venais un jour
Aimerais-tu le tumulte et la guerre
Les poings levés les cris et les tambours ?
Chez les loups les loups ne s’entendent guère.
Comprendrais-tu qu’il faut beaucoup d’amour
Pour vivre dans un monde sans amour.

Pourtant mon fils je sais que tu viendras
Est-ce juste, est-ce bien, est-ce dommage ?
Peut-être même que tu m’en voudras.
Mais l’homme a besoin de sa propre image
Et puis tu me comprendras sûrement
Quand tu verras les yeux de ta maman.

Extrait de "Poèmes amoureux" de Jean-Paul Sermonte…